Présidentielle américaine : « Le plan de Donald Trump pour contester l’élection a des chances inexistantes d’aboutir »

INTERVIEW Soufian Alsabbagh, spécialiste de politique intérieure américaine, explique à « 20 Minutes » pourquoi la nouvelle stratégie de Donald Trump n’a quasiment aucun risque de fonctionner, même si elle ne sera pas sans conséquence

Propos recueillis par Jean-Loup Delmas

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Donald Trump n'a pas dit son dernier mot sur les élections présidentielles américaines
Donald Trump n'a pas dit son dernier mot sur les élections présidentielles américaines — Patrick Semansky/AP/SIPA
  • C’est la nouvelle manœuvre tentée par Donald Trump pour contester les résultats de l’élection américaine, faire élire les Grands Electeurs du Michigan par le parlement et non par le vote populaire.
  • Un plan différent de ses nombreux recours pour fraude, mais au résultat probablement identique : nul en ce qui concerne l’élection présidentielle.
  • Selon le spécialiste de la politique américaine Soufian Alsabbagh, l’intérêt pour Donald Trump et le parti républicain est ailleurs.

Mais à quoi joue encore Donald Trump ? Alors qu’il a indiqué ce jeudi qu’il quitterait la Maison-Blanche si le collège électoral vote pour Joe Biden le 14 décembre, dans l’ombre, le président s’agite pour changer le vote du collège électoral. « Je pense qu’il va se passer beaucoup de choses d’ici le 20 janvier », s’était-il même empressé de rajouter ce jeudi.

Après avoir contesté judiciairement tous les résultats possibles et imaginables des élections en se plaignant de fraudes et de faux bulletins, recours dont aucun n’a abouti, le président sortant adopte une autre stratégie. Fini le volet judiciaire, place à la combine constitutionnelle. L’idée serait que dans les Etats-clés de l’élection, à commencer par le Michigan, les Grands électeurs ne soient plus désignés par le vote populaire mais par le parlement, à majorité républicaine. Pour cela, il « suffirait » que le résultat électoral ne soit pas validé à la date butoir, à savoir lundi 30 novembre en ce qui concerne le Michigan, et que parlement se charge ensuite de décider. Une idée aussi diabolique que géniale ? Pas vraiment pour Soufian Alsabbagh, spécialiste de politique intérieure américaine.

Le plan de Donald Trump peut-il aboutir ?

C’est un plan extrêmement compliqué à mettre en place, et dont les chances de réussite sont très minces, voire inexistantes. La manœuvre n’est tolérée par le parti républicain que dans le but de ne pas froisser la base trumpiste, aujourd’hui vitale pour la survie du parti. Mais en réalité, le parti commence à comprendre la stratégie et voit le mur de réalité arriver des grands pas.

A savoir que non seulement ce plan est très compliqué constitutionnellement, vu que normalement c’est le gouverneur de l’Etat qui a le dernier mot sur le collège électoral, et que même si Donald Trump arrivait à réaliser ce subterfuge et que Joe Biden n’était pas élu par la chambre des représentants le 6 janvier, les conséquences seraient terribles et ce ne serait ni plus ni moins que la guerre civile aux Etats-Unis si le vote démocratique n’est plus respecté.

Le Parti conservateur ne s’inquiète pas de ce genre de conséquence ?

Il ne s’inquiète pas outre mesure car il sait le peu de chance que ce scénario aboutisse. C’est comme construire une sarbacane en papier et tenter de toucher Jupiter avec. Donald Trump a un pouvoir de nuisance réel et certain, mais pas sur les institutions, il perd plus son temps à faire ça, preuve en est, aucun de ses recours n’a abouti. S’il veut vraiment mettre le bazar aux Etats-Unis, ce ne sera pas en essayant de jouer avec les rouages technocratiques, où son influence est assez peu implantée, mais avec ses méthodes déjà éprouvées : des tweets, des déclarations médiatiques, et ses partisans.

Ce changement de méthode montre-t-il que Donald Trump ne croit plus aux recours judiciaires pour les supposées fraudes ?

Oui, on peut voir qu’il défend son bout de gras jusqu’au bout, mais qu’il est aussi plutôt résigné et réaliste sur ses chances quasi-nulles. Il s’offre plus un tour de piste honorable aux yeux de ses partisans qui se diront qu’il s’est battu vaillamment.

Tout cela ne servirait que son ego ?

Joe Biden va arriver à la Maison-Blanche, l’affaire semble entendue, mais ce sera le président à la légitimité la plus contestée de toute l’histoire des Etats-Unis. En remettant sans cesse en cause l’élection, en se battant jusqu’au bout, Donald Trump empêche Joe Biden d’asseoir sa victoire, qui apparaît forcément comme contestée. Quel pouvoir aura vraiment Joe Biden, lui dont la victoire sera niée ou du moins mise en doute par la moitié des Etats-Unis ? Donald Trump offre à Joe Biden une présidence de canard boiteux, où il sera poings et mains liés par un manque de légitimité. Que les démocrates soient gênés dans leurs envies de réformes peut apparaître comme une sorte de victoire pour les républicains.