Etats-Unis : La NRA, le lobby des armes, se met en faillite pour échapper à la justice new-yorkaise (et filer au Texas)

ETATS-UNIS L’influent groupe conservateur veut s’installer au Texas, où les armes sont reines

20 Minutes avec AFP

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Des douilles au sol durant une convention de la NRA, aux Etats-Unis.
Des douilles au sol durant une convention de la NRA, aux Etats-Unis. — Jeremy Hogan / SOPA Images

Une banqueroute économique en guise de déménagement. C’est la stratégie adoptée aux Etats-Unis par la National Rifle Association (NRA), le puissant lobby des armes, qui a annoncé vendredi s’être déclaré en faillite afin de geler des poursuites judiciaires dans l’Etat de New York. La NRA et une de ses filiales ont ouvert une procédure dite de « chapitre 11 » devant un tribunal des faillites du Texas, afin d’assurer son avenir « libre de l’environnement politique toxique de New York », a écrit son patron, Wayne LaPierre, dans un courrier à ses adhérents.

Cette démarche s’inscrit dans le cadre d’un plan de restructuration qui vise à transplanter l’influent groupe conservateur au Texas, où les armes sont reines. « Ce plan se résume très simplement : on PLAQUE New York », a-t-il ajouté.

Les poursuites suspendues

La justice de New York, Etat démocrate, avait porté plainte en août contre la NRA, Wayne LaPierre et trois autres hauts responsables, accusés d’avoir utilisé les contributions de leurs adhérents comme « leur propre tirelire », au point d’avoir rendu l’organisation quasi insolvable. La procureure générale Letitia James avait nié toute motivation politique, tout en reconnaissant que cette plainte pourrait conduire à la dissolution de la NRA.

« Le statut financier déclaré par la NRA a finalement rejoint son état moral : en faillite », a-t-elle commenté après l’annonce du plan de restructuration. « Nous n’autoriserons pas la NRA à utiliser cette tactique ou une autre pour échapper à ses responsabilités », a-t-elle ajouté. Aux Etats-Unis, se placer sous le chapitre 11 entraîne la suspension des poursuites et empêche les créanciers d’agir pour obtenir le paiement de leurs créances. « Aucun changement majeur des opérations et dans le personnel ne sont prévus », a assuré Wayne LaPierre. « La NRA n’est pas en faillite, n’arrête pas ses activités et n’est pas insolvable », a-t-il poursuivi.

Le règne sans fin de LaPierre

Fondée en 1871 pour promouvoir l’habileté au tir, l’association de sportifs et de chasseurs est devenue une machine politique redoutable à partir des années 1980, et son influence dépasse largement les 5 millions de membres qu’elle revendique. Extrêmement active auprès des élus, qu’elle finance ou note défavorablement, elle a bloqué de nombreuses propositions de lois visant à renforcer les contrôles sur l’achat ou le port d’armes. La NRA a versé des millions de dollars aux deux campagnes présidentielles de Donald Trump.

Wayne LaPierre, qui est à sa tête depuis une trentaine d’années, a été l’artisan de cette mue. En 2019, il a réussi à écarter des rivaux qui tentaient de mettre un terme à son règne, sans empêcher un déballage embarrassant. Des documents internes diffusés sur Internet ou dans la presse ont révélé le train de vie dispendieux du dirigeant, avec vêtements de luxe et voyages aux Bahamas ou en Italie, réglés par la NRA grâce à des montages financiers validés par des alliés en interne. Selon la procureure de New York, ils ont contribué à des pertes de l’ordre de 64 millions de dollars en trois ans.

Fusillades en série

L’aura de la NRA a également souffert face à la multiplication des fusillades aux Etats-Unis. Les armes à feu ont fait plus de 43.000 morts aux Etats-Unis en 2020, en incluant les suicides, selon le site Gun violence archive.

Mais les Américains restent très attachés à leurs armes. Ils se sont même rués pour en acheter davantage depuis le début de la pandémie, et encore plus lors des grandes manifestations antiracistes du printemps et des tensions électorales récentes.