« Coup de pouce vélo » : Les associations poussent pour sa prolongation en 2021… Peine perdue ?

MOBILITE Ce dispositif, instauré lors du premier déconfinement, offre jusqu’à 50 euros pour la remise en état d’une bicyclette. Plus d’un million de vélos ont ainsi été réparés. Le « Coup de pouce vélo » devrait s’arrêter à la fin de l’année. Une « erreur » selon les acteurs du secteur

Fabrice Pouliquen

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Dans un atelier de réparation de vélo du collectif "velo en ville", à Marseille (Photo illustration)
Dans un atelier de réparation de vélo du collectif "velo en ville", à Marseille (Photo illustration) — P.MAGNIEN / 20 MINUTES
  • Instauré le 11 mai dernier et déjà prolongé en septembre, le « Coup de pouce vélo » court pour l’instant jusqu’à la fin de l’année. Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique, doit s’exprimer sur son sort lundi.
  • Les associations de promotion du vélo craignent que le gouvernement stoppe là l’expérience. Dommage, disent-elles, alors que « ce dispositif a permis de réparer un million de bicyclettes depuis mai et de créer 500 emplois chez les réparateurs ».
  • Ces associations demandent la prolongation du « Coup de pouce vélo » au moins jusqu’aux prochaines élections régionales et départementales. Le temps que les collectivités locales prennent le relais.

 

Stop ou encore ? L’avenir du « Coup de pouce vélo » se joue sans doute ce lundi, alors que Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique, se rendra en début d’après-midi dans un centre de formation de mécaniciens vélo à Paris.

L’occasion, très certainement, de se féliciter du million de vélos réparés depuis la mise en place de ce dispositif, lancé le 11 mai dernier, pour contrer un recours massif à la voiture craint lors du déconfinement. Ce plan offre jusqu’à 50 euros pour la remise en état d’une bicyclette qui prend la poussière depuis trop longtemps dans notre garage, au sein d’un réseau de 3.800 réparateurs référencés sur une plateforme gérée par la Fédération des usagers de la bicyclette (FUB).

« Au moins jusqu’aux régionales »

L’opération, dotée de 60 millions d’euros financés sur les Certificats d’économie d’énergie, devait initialement courir jusqu’à septembre. Arrivée là, elle a été reconduite jusqu’à la fin de l’année. Et abondée de 20 millions d’euros supplémentaires. Dans une tribune publiée mardi, dix-sept associations de promotion des mobilités douces demandent que le « Coup de pouce vélo » fasse l’objet d’une nouvelle reconduction en 2021. « Au moins jusqu’à septembre, précise Olivier Schneider, président de la FUB. Les élections régionales et départementales doivent normalement se tenir en juin. L’idée serait de laisser le temps aux nouvelles équipes de se mettre en place et que ces régions, voire des départements ou des agglomérations, prennent le relais de l’État. »

Ce ne serait pas l’option choisie par le gouvernement, même s’il est impossible d’en avoir la certitude auprès du ministère de la Transition écologique. Contacté, ce dernier indique qu’il ne fera aucune annonce avant lundi après-midi. « Il y a peu, la position du gouvernement était de ne pas reconduire le dispositif au-delà du 31 décembre », confie en tout cas Jérôme Valentin, président de l’Union Sport & Cycle, organisation professionnelle de la filière sport française [parmi laquelle des marques et points de vente de cycles]. Elle aurait évolué ces derniers jours, mais sans permettre à Olivier Schneider d’être optimiste. « L’idée serait juste de prolonger le "Coup de pouce vélo" au premier trimestre 2021 et de conditionner les aides de l’État à une aide locale. Autrement dit, l’État mettrait 25 euros là où les collectivités locales mettent elles aussi ce montant. »

D’autres priorités pour le gouvernement ?

Le gouvernement aurait donc d’autres priorités. Tant pour utiliser l’argent issu des Certificats d’économie d’énergie que pour développer la pratique du vélo en France. Pour rappel, en septembre 2018, il avait lancé un « plan vélo » doté de 350 millions d’euros alloués sur sept ans. Soit 50 millions d’euros par an. A ce montant, le «   plan de relance » – les fameux 100 milliards d’euros pour permettre à la France de se relever de la crise du Covid-19 – prévoit d’ajouter 200 millions d’euros de plus sur deux ans. « Deux fois 50 millions pour le stationnement des vélos en gare, aux mains des régions, et deux fois 50 millions pour les pistes cyclables », reconnaît Olivier Schneider.

Reste que « les montants alloués au vélo sont dérisoires par rapport à l’argent que met sur la table l’État pour les secteurs aérien et automobile, regrette Valentin Desfontaines, responsable « mobilités durables » au Réseau Action climat. Il faudrait lui consacrer 200 millions d’euros par an pour avoir une véritable politique ambitieuse en la matière. On n’y est pas encore. » C’est une autre demande portée dans la tribune publiée mardi : abonder le fond vélo de 100 millions d’euros supplémentaires par an dès l’an prochain, « notamment pour sécuriser le financement de la pérennisation promise des aménagements de transition ». Les fameuses « coronapistes ».

« Encore des bicyclettes qui dorment dans les garages »

Quoi qu’il en soit, rien n’empêche de prolonger le « Coup de pouce vélo », martèlent les associations signataires de la tribune. « Pourquoi arrêter un dispositif qui marche aussi bien ? », demande Jérôme Valentin. Le cap du million de bicyclettes réparées a été atteint plus facilement que ce que l’imaginait le gouvernement. « Forcément, certains ont profité de ce forfait de 50 euros pour faire réviser des vélos qu’ils utilisaient déjà au quotidien, reprend le président de l’Union Sport & Cycle. Mais des retours qu’on a des magasins de réparation de cycles, on sait que ce n’est pas la majorité et qu’un grand nombre de bicyclettes ont été remises en état de fonctionner depuis mai. »

Il en reste encore un grand nombre dans nos caves et garages, assure Jérôme Valentin, qui renvoie vers une étude de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) estimant à 35 millions le parc de vélos en France. « On pourrait facilement arriver aux 2 millions de vélos remis en selle si on prolongeait le "Coup de pouce vélo" », estime-t-il.

Pallier aussi le manque de vélos neufs ?

Ce serait d’autant plus opportun que les vélos neufs se font rares dans les boutiques depuis le début de la crise sanitaire, bloquant ainsi potentiellement des Français désireux de se mettre aux mobilités douces. « Sur de nombreux modèles, vous n’avez plus le choix de la taille, ni de la couleur, résume Olivier Schneider. Certaines marques, même, parlent de prochaines livraisons début 2022. » Le président de la FUB y voit la conjonction de deux phénomènes : « Il y a déjà un engouement mondial pour le vélo, perçu plus que jamais comme un moyen locomotion permettant de respecter les gestes barrières. A cela s’ajoute le blocage d’un certain nombre d’usines chinoises en début d’année, qui a des effets en cascade sur la production. »

Ces pénuries « concernent essentiellement à ce jour les vélos d’entrée de gamme, nuance Jérôme Valentin, pour qui on trouve encore des vélos neufs en boutique. « Mais ces pénuries pourraient s’accroître en 2021, si bien que pouvoir remettre des vélos d’occasion sur le marché pourrait être très utile », poursuit-il.

« 500 postes déjà créés depuis le 11 mai »

Il y a un autre argument mis en avant pour reconduire le « Coup de pouce vélo » l’an prochain. C’est celui de l’emploi. « Nous avons sondé, dans une étude, les 3.800 magasins de cycles inscrits sur la plateforme du dispositif, indique Olivier Schneider. Depuis mai, pour faire face à l’afflux de réparations, ils ont créé en tout 500 postes. Et prévoient d’en créer 1.000 autres si le "Coup de pouce vélo" est prolongé d’au moins six mois en 2021. »

Pas rien, insiste le président de la FUB. « Ces 3.800 structurent totalisent autour de 5.000 mécaniciens, poursuit-il. Si on veut tripler la part modale du vélo [nombre de trajets faits à vélo sur 100 voyages] en France, de 3 % aujourd’hui à 9 % d’ici à 2024 [l’objectif affiché du gouvernement], il faudrait au moins doubler le nombre de mécaniciens. »